11.12.2008

"Parce q'un camélia peut changer le destin"

Morceaux choisis : L'élégance du hérisson de Muriel Barbery :

Une existence sans durée
:
"A quoi sert l'Art ? A nous donner la brève mais fulgurante illusion du camélia, en ouvrant dans le temps une brèche émotionnelle qui semble irréductible à la logique animale. Comment naît l'Art ? Il s'accouche de la capacité qu'a l'esprit à sculpter le domaine sensoriel. Que fait l'Art pour nous ? Il met en forme et rend visibles nos émotions et, ce faisant, leur appose ce cachet d'éternité que portent toutes les oeuvres qui, au travers d'une forme particulière, savent incarner l'universalité des affects humains...
Le cachet de l'éternité...Quelle vie absente ces mets, ces coupes, ces tapis et ces verres suggèrent-ils à notre coeur ? Au-delà des bords du tableau, sans doute, le tumulte et l'ennui de la vie, cette incessante et vaine course harassée de projets --mais au-dedans, la plénitude d'un moment suspendu arraché au temps de la convoitise humaine. [...] Dans la scène muette, sans vie ni mouvement, s'incarne un temps excepté de projets, une perfection arrachée à la durée et à sa lasse avidité - un plaisir sans désir, une existence sans durée, une beauté sans volonté.
                        Car l'Art, c'est l'émotion sans le désir.

Sur ses épaules en nage :
" [...] Dehors, j'entends Léon qui gratte à la porte et miaule pour rentrer. Je me mets à pleurer doucement, lentement, avec dans la poitrine un camélia frémissant."

Dernière pensée profonde :
" [...] Car, pour vous, je traquerai désormais les toujours dans le jamais.
La beauté dans ce monde.

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03.12.2008

Le ciel de nos mains

Tu pourras t’endormir et reprendre des deux mains le fil des souvenirs. Le recoudre sans fin dans l’espace qui s’étire.

J’ai pavé le chemin sur lequel tu avais autrefois glissé, sans que jamais mes bras ne puissent te rattraper.
Est-ce que tu te souviens, toi, du temps qu’on avait tissé, et des mots dans ma mémoire ?
Est-ce que sous tes paupières closes, dansent encore nos espoirs ?
Te souviens-tu des demains qu’on dessinait sur la plage de nos peaux, quand le soleil n’était plus là,

Et quand nos corps étaient…on ne savait plus trop…

Rappelle-toi cette ligne qui se traçait de travers, à travers la paume de nos mains,
Ce fleuve indélébile qu’on lisait sans cesse, sans fin.
Et ce chemin sans pavé qui se perdait dans le lointain
Plus loin peut-être que nos yeux ne l’auraient cru…
Et cette pluie qui se brisait sur nos cils,
Quand la vie nous disait qu’il n’y en aurait peut-être qu’une
Et qu’alors, au dessus de nous, la voûte se faisait arc-en-ciel.

On a couru, t’en rappelles-tu ? On l’a cherché le pied de ce ciel,
On n’a trouvé que des doutes et des rêves de noël.
La pluie tombait et la neige fondait.
Qu’importait…On avait des projets et nos poches sans tune
A nos doigts emmêlés poussaient toutes ces larmes de lune
Alors on s’en foutait des bagarres et des dunes,
On avait nos sentiers pour atteindre nos plages
Et nos regards pour créer nos mirages.

Et on avait ces rires encore, tu sais
Ces rires aux larmes, aux éclats,
Ceux de toujours, à jamais.
Mais ce « on » qui se dresse devant nos « je » qui s’inclinent
Marque ce « nous » en détresse face à ces fleurs assassines

Que pouvons-nous faire maintenant ?
Traquer les souvenirs, le temps ?
Moi, je m’en rappelle, tu sais, de nos rêves endiablés,
Et des nuages éternels qui traçaient nos visages dans le ciel.
Et toi, t’en souviens-tu ?

Il paraît qu’il y a un royaume tout là-haut
Avec des princesses, et des crapauds
Qui se transforment si l’on dit les bons mots
Tu y crois toi ? Dis-moi ? Tu y crois ?
Tu y crois à ce monde plus beau à ce monde où il fait plus chaud
A ce monde au milieu de nos bras
Enlacés, embrassés…

Dis-moi tu y crois encore
Aux châteaux en Espagne
Et ses vaisseaux aux voiles d’or
Dis-moi que tu y crois à cette mer d’huile
A ces vagues qui vaguent les flots de nos inutiles

Tu pourrais t’endormir, reprendre ma main, je ne dirais rien et tisser l’avenir,
L’embellir sans fin dans l’espace qui s’étire.

Fantôme du passé

Fantôme du passé, tu vogues. Passé partout, tu es en vogue.

Embrasse-le pour moi. Je vis désormais dans un autre monde.
Je vis sur Terre. Ecoute ce silence, le tien, le mien. Cache tes secrets. Cache mes fleurs.
Ce n'est qu'une question de temps. Qu'une question de silence. Rien n'est facile. J'ai honte. Je veux juste rentrer.
Où est donc ce désert, ce coucher de soleil ? Où est ce lac, cette mer, cet océan ? J'ai longtemps contemplé. Et j'ai toujours cherché. Sans rien comprendre. Alors maintenant explique-moi.
Qui es-tu ?
Chacun pour soi poursuit sa nébuleuse.
Explique-moi tes dédales, avant que les temps ne se resserrent. Désolée.

Je suis la seule à avoir été moi.

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Attirée par les étoiles, on a envie de mourir, se laisser mourir sur une plage de disque, en attendant que la musique finisse. Comme avant, une couleur, rien qu'une, sur nos joues d'enfants. Quelques baisers, et toujours cette couleur, celle de l'azur, celle des astres.
Dessins dessinés à même nos corps, tatouages des âmes perdues.
Croyez-vous réellement que le vent les emportera ? Et la vie file, et les gens changent. Alors cette nuit là restera toujours la même, les yeux rivés sur le vide de quelques écrits, je m'emporte dans des rêves.
J'aurais préféré être un Albatros.

On regarde...

On regarde à longueur de journée nos enfants, ce qu'ils deviennent et ce qu'ils étaient.

Plus d'idées dans nos petites têtes, que des visages, des sentiments, un mal de crâne sans aspirine, du vent. On cherche désespérément un remède à cette maladie qu'est la vie sans réfléchir à ce que nous sommes. De l'or dans les yeux, un air de liberté pour deux. Un ciel plus étoilé que jamais pour une simple photographie de l'existence sans but. Du noir en cadeau pour une tristesse en fardeau. Une peur qui ne devrait pas exister et un amour qui devrait être inventé. Nous n'avons comme seul dessein que de finir comme des amants, posés sur le banc de l'éternité. J'aurais voulu être là pour te voir, j'aurais voulu encore te revoir. Je ne pense qu'à rester simple, rester cette fille sans cœur, bercée par le noir, bercée par ton sourire qui me fait écrire. A présent tout est flou, nous le sommes tous, et eux, ils nous regardent.
 J'ai décidé de ne plus décéder pour un autre.
J'irai tuer sous vos yeux hagards, ces démons qui me disent tous leurs maux.

Jolie mélodie pour une  écervelée me direz-vous.  

Foule

Une foule de sentiments comme une foule de gens.
Je remonte l'allée et je pense à toi et elle, comme tombée du ciel. Je m'en irai poser tous tes portraits sur toutes les orchidées, et j'écrirai notre histoire sur quelques bouts de papier. Je finirai ma journée comme toutes les autres journées, en regardant le ciel, tel que tu me l'avais dessiné. Toujours cette poésie qui lasse le dernier venu, et qui a déjà euthanasié le premier. Simple jeune fille, j'ai les yeux qui brillent et j'écris pour ne pas crier. J'avais des rêves pourtant, comme terminer mon enfance à 40 ans, devenir scénariste, donner un sens à l'existence, trouver l'homme idéal, voir la vie en rose, avoir envie d'autre chose. Devenir un idéal pour regarder les quelques étoiles, en ta compagnie. Voilà qui me reprend, je parle comme dans les rêves, comme une dérangée névrosée qui voudrait être écoutée.
Chaque phrase est pesée, chaque phrase doit donner un sens à mes écrits. Il y a bien plus derrière un mot, que le mot lui-même. Mes baisers sont loin. Accumulés sur ces plages, je les ai oubliés après avoir tant espéré. 
Alors encore et encore je remarque que mes baisers se sont envolés et se sont perdus à mille lieux, sans espoir d'être retrouvés. Je réside dans ce labyrinthe égaré qui me force à ne plus aimer, qui me force à oublier.

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