07.06.2009

Post-mortem

Pas assez de pieuvres, d'arbres, de mots. Pas assez d'encre, de papier, de temps dans une vie humaine pour décrire cela. Pas assez d'espace pour l'écrire, d'yeux pour le lire, de voix pour le crier. Pas assez de larmes pour faire un océan du trou béant qu'il reste après.
Cela arrive comme ça n'arrive pas. Cela arrive vite, un flash, une explosion, le temps qu'on profite de la lumière et déjà surgissent les flammes, la fumée puis le bruit, assourdissant murmure autant que vacarme incessant. Une vague, un choc, une déferlante, et ensuite...

Rien. Rien qu'un voile devant le regard, une sourdine sur les oreilles, interminable. Rien qu'une sensation de plénitude, perdu au milieu du vide, comme en apesanteur, plus de liens, de fils qui rattachent à la vie (ou à autre chose). Même plus de gravité, sur terre ou dans le regard. Un calme... impressionnant contre lequel on ne peut rien.
Après l'explosion il y a le choc, après le choc le vide, puis les larmes et enfin... rien. Tout se passe dans l'éternité d'un mètre, dans l'infini d'une seconde, dans le maillage intersticiel de l'espace et du temps. Tout se passe comme si rien ne se passait. Le monde entier occulté par l'éclipse de la mort dans une nuit absurde, imprévue et infinie.

Puis l'éclipse s'éclipse et le soleil revient, la vie se remet en marche : les piétons, les photons... le mouvement recommence. Et moi, perdu au fin fond de mon être, observant à travers mon silence intérieur toutes ces choses qui se meuvent, je ne fais plus partie d'elles. Je suis observatrice, plongée dans un état catatonique, je tente de m'abreuver de ce spectacle sons et lumières, mais il me paraît tellement absurde à cette heure, tellement mécanique. On dirait une maquette avec des personnages réglés comme des horloges suisses, l'histoire écrite sur du papier à musique. Je ne fais plus partie de ce monde. J'ai assisté à un déraillement du système où toute la mécanique s'est arrêtée, et personne n'a rien vu, à part moi.

Mais la vie continue, la mienne et celles des autres. Et la mort continue aussi, à creuser ses sillons dans le coeur des gens, ou à leur faire goûter, dans la violence du malheur, dans l'éxagération d'une situation, à un instant d'éternité, un simple avant-goût de l'infini, ou juste l'impression d'être en vie.

 

 

 

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